VPN et Russie : ce que dit la loi russe, et ce qu’un VPN ne protège pas

VPN et Russie : ce que dit la loi russe, et ce qu’un VPN ne protège pas #

Qui bloque quoi en Russie #

La Russie filtre l’accès à une partie de l’internet. Le filtrage est piloté par Roskomnadzor, le service fédéral de supervision des communications, qui tient le registre des ressources dont l’accès est restreint et ordonne leur blocage aux opérateurs. Les mesures récentes sont documentées : le 12 février 2026, Roskomnadzor a retiré whatsapp.com et web.whatsapp.com du système national de noms de domaine, rendant la messagerie inaccessible sans contournement.

C’est ce filtrage qui pousse à utiliser un VPN, soit depuis la Russie pour joindre des services bloqués, soit depuis l’étranger pour obtenir une adresse IP russe. Ces deux usages n’ont ni les mêmes contraintes techniques ni le même cadre juridique, et cet article les traite séparément.

Ce que dit exactement la loi russe — état au 26 septembre 2026 #

Trois textes structurent le régime actuel. Ils sont publics et consultables sur le portail officiel de publication des actes juridiques de la Fédération de Russie.

À lire VPN Tunisie : Comment Naviguer en Toute Sécurité

  • Loi fédérale n° 276-FZ du 29 juillet 2017, en vigueur le 1er novembre 2017. Elle insère l’article 15.8 dans la loi n° 149-FZ « sur l’information ». Elle interdit aux exploitants de moyens d’accès — anonymiseurs, VPN — de donner accès aux ressources bloquées et les oblige à se raccorder au registre fédéral dans les 30 jours ouvrables suivant la notification. Une dérogation subsiste pour les moyens dont le cercle d’utilisateurs est défini à l’avance et qui servent des fins techniques : c’est elle qui protège les VPN d’entreprise.
  • Loi fédérale n° 406-FZ du 31 juillet 2023. Elle ajoute à l’article 15.1 de la loi n° 149-FZ un alinéa qui rend bloquable l’information portant sur les moyens et méthodes d’accès aux ressources restreintes. Les critères d’appréciation ont été fixés par l’arrêté Roskomnadzor n° 168 du 8 novembre 2023, enregistré au ministère de la Justice le 1er décembre 2023 sous le n° 76199 et applicable depuis le 1er mars 2024. C’est un régime de blocage de contenu, pas une amende. L’information scientifique, technique et statistique en est exclue.
  • Loi fédérale n° 281-FZ du 31 juillet 2025, en vigueur le 1er septembre 2025. C’est elle qui introduit, pour la première fois, des sanctions pécuniaires.

La loi n° 281-FZ crée trois dispositifs distincts, qu’il faut se garder de confondre :

  • Article 13.53 du code des infractions administratives — la recherche délibérée de matériels extrémistes inscrits à la liste fédérale, et l’accès à ces matériels, y compris au moyen d’outils d’accès à des ressources dont l’accès est restreint. Amende de 3 000 à 5 000 roubles, pour les particuliers uniquement. L’infraction est la recherche de ces contenus ; l’outil de contournement n’est qu’une modalité mentionnée, pas une infraction en soi.
  • Article 13.52 — vise les exploitants de ces outils : défaut de raccordement au registre, refus de bloquer. Amendes de 50 000 à 500 000 roubles selon la qualité du contrevenant, et jusqu’à 1 000 000 de roubles en cas de récidive.
  • Article 14.3, partie 18 — la diffusion de publicité pour ces outils. De 50 000 à 500 000 roubles. Le contentieux relève du service fédéral antimonopole, pas de Roskomnadzor.

Deux précisions comptent autant que ce qui précède, parce qu’elles sont couramment déformées. D’abord, le mot « VPN » ne figure nulle part dans la loi n° 281-FZ : le texte vise une catégorie plus large, les « moyens logiciels et matériels d’accès à des ressources dont l’accès est restreint ». Écrire que « la loi interdit le VPN » est inexact. Ensuite, l’article 13.53 ne comporte aucune note qui déclarerait l’usage d’un VPN licite en lui-même. Les formules de ce genre, fréquentes en ligne, ne correspondent à aucun texte.

Ce qu’on peut dire honnêtement : aucun texte sanctionnant le seul fait d’utiliser un outil de contournement n’a été trouvé dans les lois citées ci-dessus. Mais « aucun texte trouvé » n’est pas « aucun texte n’existe », et le régime se durcit par paliers depuis 2017. Nous ne donnons ici aucune assurance sur les conséquences d’un usage en Russie : la seule réponse fiable, pour une situation personnelle, vient d’un juriste compétent en droit russe.

Obtenir une adresse IP russe : ce qui ne fonctionne plus depuis 2019 #

Beaucoup de pages recommandent encore de « choisir un VPN qui propose des serveurs russes ». C’est une recommandation périmée depuis sept ans, et il faut le dire précisément plutôt que l’effacer.

À lire Sécurité en ligne avec ESET VPN

En mars 2019, Roskomnadzor a mis en demeure dix services — dont NordVPN, ExpressVPN, TorGuard, IPVanish, VyprVPN, HideMyAss! et OpenVPN — de se raccorder au registre fédéral sous 30 jours ouvrables. NordVPN a publié le 29 mars 2019 un billet officiel annonçant son refus et l’extinction de tous ses serveurs russes, achevée le 1er avril 2019 à 12 h 00 GMT.

Cet état a été vérifié le 26 septembre 2026 :

  • NordVPN — l’inventaire public de ses serveurs renvoie 7 672 serveurs répartis sur 150 entrées de pays, sans aucune entrée russe, alors que l’Ukraine, le Kazakhstan, l’Arménie, la Géorgie et la Moldavie y figurent.
  • ExpressVPN — sa page publique des emplacements ne mentionne ni « Russia », ni « Moscow » ; sa page-pays consacrée à la Russie a été supprimée et redirige désormais vers la page générique, alors que les pages Allemagne et Ukraine répondent normalement. La date exacte de son retrait n’est pas établie : la plus ancienne mention fiable d’une absence de serveur russe date du 7 juin 2019.
  • Serveurs « virtuels » — la liste officielle des emplacements virtuels d’ExpressVPN, mise à jour le 16 juillet 2026, ne comporte pas la Russie, alors qu’elle déclare explicitement la Biélorussie (via les Pays-Bas), l’Ukraine (via la Pologne), le Kazakhstan et l’Arménie. Le mécanisme existe donc chez cet éditeur, mais pas pour la Russie.

Conclusion opérationnelle : ni NordVPN ni ExpressVPN ne fournit aujourd’hui d’adresse IP russe, ni physique ni virtuelle. Un article qui l’affirme décrit un état antérieur à avril 2019.

« VPN Russia » n’est pas un service, c’est un nom générique #

L’expression « VPN Russia » circule comme s’il s’agissait d’un produit identifié. Ce n’en est pas un : au 26 septembre 2026, au moins une douzaine d’applications sans lien entre elles portent ce nom ou une variante sur les magasins d’applications, éditées par des sociétés distinctes, et l’une d’elles a déjà été retirée. Un seul éditeur dispose d’un site dédié et d’une présence sur les deux magasins ; son site revendique « plus de 300 000 utilisateurs » quand le compteur public de Google Play affiche un millier de téléchargements, et aucune raison sociale complète ni audit indépendant n’y est publié. Nous ne le recommandons pas, et nous ne recommandons aucune application portant ce nom générique.

À lire VPN Tunisie : Comment Accéder à un Internet Libre et Sécurisé

Ce qu’un VPN fait, et ce qu’il ne fait pas #

On range souvent le VPN parmi les outils de sécurité et confidentialité. C’est exact pour le transport des données : le tunnel chiffre le trafic entre l’appareil et le serveur de sortie, et le site visité voit l’adresse du serveur, pas celle de l’abonné. C’est tout.

  • Il ne rend pas anonyme : les comptes, les cookies et les empreintes de navigateur continuent d’identifier l’utilisateur.
  • Il ne dispense d’aucune loi, dans aucun pays : il change l’acheminement, pas la qualification juridique d’un acte.
  • Il ne protège pas d’un contrôle de l’appareil lui-même, où l’application et son historique sont visibles.
  • Il déplace la confiance vers l’éditeur du service, qui voit le trafic sortir en clair : le choix de l’éditeur compte donc autant que la technologie.
  • Il est lui-même la cible du filtrage. Fin février 2026, Roskomnadzor déclarait restreindre l’accès à 469 services de contournement — chiffre rapporté par la presse russe, que nous n’avons pas pu recouper sur une source primaire et que nous donnons pour ce qu’il est.

Questions fréquentes #

Un particulier est-il sanctionné en Russie pour avoir utilisé un VPN ?
Aucun des textes cités ne sanctionne le seul usage. En revanche, depuis le 1er septembre 2025, la recherche délibérée de matériels inscrits à la liste fédérale des matériels extrémistes est punie de 3 000 à 5 000 roubles, y compris lorsqu’elle passe par un outil de contournement. La distinction porte sur ce qui est cherché, pas sur l’outil.

Peut-on parler des VPN en Russie ?
L’information sur les moyens de contournement est bloquable depuis 2023, selon des critères applicables depuis le 1er mars 2024, et la publicité pour ces outils est passible d’une amende depuis le 1er septembre 2025. C’est la diffusion qui est visée, pas la conversation privée.

Quel service choisir pour obtenir une IP russe ?
Nous n’en recommandons aucun. Les deux éditeurs les plus cités n’en proposent plus, et nous n’avons pas trouvé d’offre disposant d’une identité d’éditeur vérifiable et d’un audit indépendant. Mieux vaut un manque signalé qu’une recommandation inventée.

À lire Changer d’adresse IP sans VPN : méthodes efficaces pour naviguer incognito

Sources #

  • Loi fédérale n° 276-FZ du 29/07/2017 — portail officiel publication.pravo.gov.ru (enregistrement 0001201707300002).
  • Loi fédérale n° 406-FZ du 31/07/2023 — publication.pravo.gov.ru (enregistrement 0001202307310022).
  • Loi fédérale n° 281-FZ du 31/07/2025 — publication.pravo.gov.ru (enregistrement 0001202507310012) ; articles 13.52, 13.53 et 14.3 partie 18 du code des infractions administratives.
  • NordVPN, « Why NordVPN cannot comply with Roskomnadzor’s request », nordvpn.com, 29 mars 2019.
  • ExpressVPN, liste officielle des emplacements de serveurs virtuels, expressvpn.com, mise à jour du 16 juillet 2026.
  • TorrentFreak, « Russia Orders Major VPN Providers to Block Banned Sites », torrentfreak.com, 28 mars 2019, et suivi du 7 juin 2019.

Partagez votre avis