Votre VPN pourrait bientôt devoir trier ce que vous consultez. À Bruxelles, la Commission européenne réfléchit à un système d’injonctions anti-piratage valable dans toute l’Union, dans le cadre de la future réforme du droit d’auteur. Selon un groupe représentant l’industrie technologique, ce dispositif pourrait inclure les fournisseurs de VPN et les obliger à filtrer le trafic de leurs utilisateurs. Rien n’est encore écrit, mais l’enjeu concerne directement la confidentialité de vos connexions.
Les points :
Ce que la Commission européenne prépare #
Le chantier s’appelle le « Copyright Package », un ensemble de mesures destinées à moderniser les règles européennes du droit d’auteur. Parmi les pistes étudiées figure un mécanisme d’injonctions de blocage applicable dans tous les États membres. L’idée : obliger certains intermédiaires techniques à rendre inaccessibles les sites et serveurs qui diffusent des contenus piratés, en particulier les retransmissions sportives illégales.
Comme le résume TechRadar le 28 octobre, ce paquet de mesures est attendu pour le deuxième trimestre 2027. La Commission n’a pas encore publié de proposition formelle, ce qui laisse le débat ouvert.
Pourquoi les VPN sont dans le viseur #
L’alerte vient du Disruptive Competition Project (DisCo), le blog de la CCIA, une association professionnelle du secteur technologique. Dans une analyse publiée le 28 octobre, elle estime que le futur système pourrait viser les fournisseurs de VPN au même titre que les fournisseurs d’accès à internet.
Pour ce groupe, ce serait un changement de nature. Un VPN est conçu pour être neutre : il chiffre et achemine votre trafic, sans surveiller ce que vous consultez et sans héberger lui-même de contenu. L’obliger à bloquer des destinations reviendrait à le transformer en gardien du réseau.
Le chiffrement resterait intact, pas la neutralité
DisCo précise un point important : une injonction de blocage ne casserait pas le chiffrement de votre VPN. En revanche, pour l’appliquer, le fournisseur devrait comparer votre trafic à des listes noires, par exemple des adresses IP de destination ou des requêtes DNS. Le VPN ne serait plus un simple tuyau, mais un filtre actif.
C’est là que le bât blesse pour la vie privée. Même des règles légères de surveillance, de filtrage ou de conservation du trafic affaibliraient les garanties que recherchent les utilisateurs, notamment les engagements de non-conservation des journaux de connexion mis en avant par les principaux services.
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La France et l’Espagne ont déjà ouvert la voie #
Le sujet n’est pas théorique. En France, la justice a déjà ordonné à plusieurs fournisseurs de VPN de bloquer des sites diffusant illégalement des compétitions sportives, un dossier que nous avons suivi sur ce blog. En Espagne, la campagne menée par LaLiga contre le streaming pirate s’appuie elle aussi sur le blocage d’adresses IP.
D’après TechRadar, le bilan espagnol est mitigé : le blocage par adresse IP est un outil grossier, et il a déjà rendu inaccessibles un grand nombre de domaines parfaitement légitimes qui partageaient les mêmes serveurs. Le contenu pirate, lui, reste en ligne et migre simplement vers de nouvelles adresses.
Un paradoxe souligné par les défenseurs des VPN
DisCo relève une contradiction : en Espagne, l’institut national de cybersécurité, l’INCIBE, recommande lui-même aux citoyens d’utiliser un VPN pour protéger leurs données personnelles. Demander aux mêmes outils de filtrer les connexions irait à rebours de ce conseil.
Ce que dit déjà la justice européenne #
En juillet 2026, comme l’a rapporté TechRadar, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé, dans une affaire liée au droit d’auteur, que les fournisseurs de VPN ne sont pas responsables lorsque leurs utilisateurs contournent un blocage géographique, et a qualifié les VPN d’outils techniques licites. Cette décision porte toutefois sur la responsabilité des fournisseurs, pas sur les injonctions de blocage. Elle n’empêche donc pas, en soi, la création d’un système européen qui les mettrait à contribution.
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Ce que cela pourrait changer pour vous #
Si le projet aboutit sous sa forme la plus large, le changement le plus visible serait simple : certains sites deviendraient inaccessibles même en passant par votre VPN. Le risque le plus sérieux reste le surblocage, c’est-à-dire des sites légaux coupés par erreur parce qu’ils partagent une infrastructure avec un site visé.
Pour un usage courant, protéger sa connexion sur un Wi-Fi public, limiter le pistage publicitaire ou sécuriser ses échanges, l’intérêt d’un VPN ne disparaîtrait pas. Mais la promesse de neutralité totale, qui fait l’argument des services les plus sérieux, serait entamée.
Que faire en attendant ?
Rien ne presse : aucune obligation n’existe à l’échelle européenne et le texte n’est pas encore sur la table. C’est en revanche le bon moment pour vérifier la politique de votre fournisseur. Où est-il établi, quelle est sa politique de conservation des journaux, a-t-il fait l’objet d’un audit indépendant ? Ces critères comptent davantage qu’une promotion de fin d’année.
Le débat devrait s’intensifier dans les mois qui viennent, à mesure que les ayants droit, les fournisseurs d’accès et les éditeurs de VPN feront valoir leurs positions auprès de la Commission. Nous suivrons la publication du Copyright Package et ce qu’il prévoit réellement pour les VPN.
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